Histoire du village de Lama


Le village de Lama est bâti à une altitude de 550 mètres environ, sur un éperon rocheux entre deux ruisseaux, au-dessus de la zone alluviale cultivable de la vallée de l’Ostriconi. Il apparaît dans les sources en novembre 1206 à l’occasion de la modeste participation de Guiduccius de Mexabruna de Lama à un chargement de blé pour Pise. Dans ce même document apparaît avec Ghiottrus de lo Loro un autre habitat, situé sur le territoire actuel de Lama, mais abandonné dans le cours du XVIe siècle. Les ruines de lo Loro sont blotties au pied de celles d’un petit château, construit sur un éperon deux crêtes au sud de Lama, le castellu di Mont'a Purrettu, qui sera détruit comme la plupart des autres petits châteaux corses lors des révoltes populaires de 1357.

Le projet défensif du village de Lama, un des nombreux villages perchés de Corse, ne fait pas de doute, et outre la situation géographique, on reconnaît les voûtes d’entrée, et en surplomb la tour, a Torra, effondrée il y a une quarantaine d'années et dont les murs ruinés sont encore visibles aujourd'hui. Au cœur du village, de nombreux soubassements et les premiers niveaux datent du Moyen Âge. Ce sont de petites maisons accotées au rocher, collées les unes aux autres au sein d’un lacis de ruelles étroites et abruptes et de passages voûtés.

Les premières mentions démographiques, en 1454, comptent 16 feux (environ 72 habitants) à Lama et presque autant au Loro, avec 14 feux (environ 63 habitants). À cette époque, et dans les siècles qui suivent, la communauté villageoise appartient à un ensemble religieux, la piève ecclésiastique d’Ostriconi, avec les villages de Novella, Urtaca et Palasca, mais dépend, sur le plan administratif et fiscal, de la piève administrative de Petralba, avec Urtaca et les quatre habitats de Petralba (lo Teto, lo Pedano, le Casenove et l’Ulmigiana). Notons que ce dernier ensemble ne dépend pas du lieutenant de Balagne, mais directement du gouverneur à Bastia.

L’entrée dans les Temps modernes, dans le cours du XVIe siècle, se fait certes sous le signe de la crainte des descentes turques et barbaresques, qui capturent par exemple en août 1553 90 personnes, hommes, femmes et enfants du village voisin d’Urtaca. Cependant, dans le contexte de la Contre-Réforme tridentine, la communauté paroissiale s’affirme avec la construction de l’église de la Visitation, tandis qu’une première tentative de mise en valeur du territoire, menée sous l’impulsion des Génois, se développe avec la plantation d’oliviers, de châtaigniers, d’arbres fruitiers et de pois chiches. Dès cette époque, la vie agropastorale génère un bâti d'une grande diversité (moulins, paillers, bergeries, aires à battre le blé, fontaines, sentiers muletiers...).

Le développement de l'activité oléicole va se faire très progressivement et changer significativement d’échelle au début du XIXe siècle, avec des dizaines de milliers de pieds d'oliviers et la construction de nombreux pressoirs. Presque tous les propriétaires possèdent un pressoir, soit à force hydraulique (e fabriche), soit à force animale (i franghji). On en rencontre encore aujourd'hui, disséminés dans la campagne ou au bord de la rivière et souvent pratiquement intacts. L'oliveraie couvre le fond de la vallée et remonte de part et d'autre des coteaux jusqu'à mi-pente, au point de devenir une des plus importantes de Corse, et au début du XXe siècle, on produisait à Lama, lors des bonnes années, près de 200.000 litres d'huile. Cette huile abondante et renommée va faire la richesse du village. Et cette prospérité va avoir des incidences à la fois architecturales et culturelles, permettant d’envoyer les jeunes gens dans les universités italiennes, à Rome, à Pise ou d’autres encore, et de construire d'importantes bâtisses, édifiées sur plusieurs niveaux et aux plafonds décorés.

Dans le début des révolutions de Corse du XVIIIe siècle (1729‑1769), quand les peuples s’émancipèrent progressivement de la domination génoise et réussirent l’aventure de leur indépendance politique, la petite pieve de Petralba reçut le nom de pieve de Canale, un nom qui évoquait la morphologie de la vallée qui la constituait. Dans cette période, et dans cette région de l’intérieur d l’île, toute acquise aux révolutions, le village de Lama, pour le peu qu’on en sait, y participe à sa mesure, et quelques destins individuels s’attachent à la personne de Pascal Paoli, ce qui retrouvera une certaine actualité avec son retour triomphal d’Angleterre en 1790.

Au moment d’aborder les années de la Révolution française, alors que l’île est passée depuis vingt ans sous la domination du royaume de France, on peut se demander quel est l’adversaire du paysan villageois de Lama ? Pas de nobles ici, ni de bourgeois bastiais propriétaire foncier, ni de grand propriétaire. Et ce n’est pas non plus le curé ou le médecin, ou le notaire villageois. Certes des clivages existent, entre trop petits propriétaires devant travailler pour les autres, ou encore bergers, d’une part, et les rejetons les plus florissants des anciennes familles de propriétaires, d’autre part. Il y a aussi le clivage lié à une immigration constante vers ce village prospère, hommes et femmes venant de régions plus pauvres du centre ou du sud de l’île, maçons commençant d’arriver d’Italie, formant un groupe social modeste à la recherche de travail, et au sein duquel on se marie d’ailleurs entre soi.

Or dans ce contexte, chose inattendue, l’examen des sources, maintenant assez copieuses, démontre que deux positions politiques, sont en présence dès 1789 dans le village de Lama, ou plutôt deux sensibilités, l’une plus libérale, l’autre plus égalitaire, qui apparaissent timidement à l’occasion de troubles de l’ordre public dans les élections locales. Ces partis sont d’abord unanimes dans l’euphorie de la Constituante, mais vont bientôt s’affronter durement, et même avec brutalité à partir de 1793, lors de la rupture de la Corse avec la Terreur, puis de la création du royaume anglo-corse, et enfin lorsque les armées du Directoire vont à nouveau attacher l’île à la République française.

Le XIXe siècle, où régimes et révolutions se succèdent, et où les liens séculaires avec l’Italie, et en particulier avec la langue, subissent de forts assauts, est on l’a dit le temps du grand développement de l’oliveraie et de nouvelles techniques agricoles. Toutefois, avec l’exode rural du début du XXe siècle, qui touche les régions pauvres comme la Corse, viennent la disparition des structures agropastorales et la désertification des campagnes que les lourdes pertes enregistrées durant la Première Guerre Mondiale amplifient. On n’exploite plus guère la grande oliveraie après la Seconde Guerre Mondiale et dans une certaine conséquence de cet abandon, le 27 août 1971, dans l’après-midi, tandis que le tocsin sonne, un immense front de feu de plusieurs kilomètres ravage en quelques heures les 35000 oliviers multi centenaires du village. La catastrophe signe la fin d’un monde. Le village se vide. La population tombe à une soixantaine d'habitants, l'école est fermée.

Or, tandis que la vallée fertile de l’Ostriconi est réduite à un paysage lunaire, deux événements majeurs vont ouvrir à un monde nouveau. Pendant l’été 1982, l’eau est amenée au village depuis la nappe de la rivière Tartagine, à onze kilomètres plus au sud, et en 1984 commence dans la vallée le terrassement de la route qui va désenclaver la Balagne. Ces deux événements vont permettre à la commune, sous l’impulsion décisive du maire, Simon Baccelli, et avec le soutien actif des familles du village, de s’engager en 1989 dans une importante opération touristique, la construction de près de 50 gîtes ruraux, soit environ 350 lits en capacité d'accueil, en partie dans du bâti neuf, en partie dans le bâti ancien restauré. C’est une nouvelle histoire qui commence, avec une nouvelle économie, et dans la dynamique de ces années, la création en 1994 du Festival de cinéma de Lama qui ouvre en cette année 2021 sa 27e édition. La suite de l’histoire reste à écrire.

Pour en savoir plus

Antoine Franzini, Lama dans l'Ostriconi. Pouvoirs et terroirs en Corse au Moyen Âge, Genova, SAGEP, 1992, 84 pages.

Antoine Franzini, Haine et politique en Corse. L’affrontement de deux hommes au temps de la Révolution française. 1780-1800, Ajaccio, Éditions Alain Piazzola, 2013, 391 pages.

Lama Secretu

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Lama se raconte, acteur et lieu en même temps. Il nous dévoile son (ses) histoire(s) au long d’une balade en 5 actes, passant par 23 points.
Cette scène de cinéma, posée à 500 m d’altitude, dévoile alors ses personnages, ses quartiers, sa nature, avec un parallèle permanent entre son histoire et son festival de cinéma.

Là, dans ces lieux de spectacle et coulisses, se mêlent alors l’histoire du village, de ses personnages, historiques ou plus anonymes.

Parmi ceux-ci, deux plus particuliers apparaissent : Stefano Monti et Fabiano Bertola, et chaque point du parcours suit leur correspondance célèbre dans laquelle ils se déchirèrent à la fin du XVIII° siècle.

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Le cheminement dans la scène, avec différentes étapes et changements de rythme, donne un parcours toujours en mouvement. L’histoire du village ainsi racontée est une interprétation voulue, un éclairage particulier.

Chaque point, comme un chapitre, intègre, outre les extraits de correspondance, des éléments d’histoire et des éléments sur la nature environnante, plongeant dans l’histoire du village, depuis ses origines médiévales (1206) jusqu’à aujourd’hui.

Enfin les musiques et la voix accompagnent pas à pas le visiteur, dans le dédale tumultueux et les contrées plus sauvages, pour que celui-ci participe aussi à l’histoire.

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